Valergues
La mucoviscidose a vaincu la jeune Charlène
Charlène Lecorvaisier a quitté définitivement le village, mercredi, emportée à l'âge de 13 ans et demi par celle qu'elle s'est toujours acharnée à nommer « cette putain de maladie », la mucoviscidose. Cette « différence » ne lui a permis qu'une vie solitaire. Peu de camarades, peu de vie sociale, comme y aspirent tous les enfants et adolescents, « de longs week-ends passés seule sur le canapé avec ses chats, soupirent ses parents Cathy et Pierrick. Elle était très famille, partageant sa passion du foot avec sa soeur Loraine, une PSG, l'autre OM. » En 2006, le village avait organisé le Téléthon pour elle. Elle avait pu ainsi acquérir un ordinateur portable pour ses temps d'hospitalisation. Charlène n'aimait pas être un centre d'intérêt. Sans plainte, elle a toujours lutté. Pour conjurer sa maladie, elle a pratiqué le judo, la danse avec Elya, le théâtre aux Petits Troubadours. Toujours tournée vers les plus faibles, elle était excédée par le racisme, a tenté de sauver une tortue qui avait subi les affres d'une tronçonneuse, récupéré une chatte abandonnée, participé à l'opération "Pièces jaunes"... Lorsqu'une vie ne tient qu'à un souffle, à l'heure où d'autres adolescents ne rêvent que de fêtes et de petites aventures, Charlène pensait à ceux dont la vie est difficile.
Ses deux chattes, Chochotte et Grisette, montaient la garde quand Jean-François, Fred ou Anne, les infirmiers, Pierre et Patricia, les kinés, venaient lui porter soins et affection. Un dévouement humain conjugué aux efforts du docteur Molinier et du CRCM (Centre de recherche contre la mucoviscidose), que ses parents gardent comme un trésor dans leur coeur.
Depuis la mort de Grégory Lemarchal, Charlène avait commencé à perdre petit à petit son moral d'acier. « A quoi bon se battre ? », disait-elle à sa famille lorsque son idole est décédée. Refusant une greffe, tenant en horreur l'hôpital, « elle voulait qu'on la laisse tranquille », affirment Cathy et Pierrick qui, malgré tout, ont tout mis en oeuvre jusqu'au dernier moment pour l'assister médicalement.
Charlène a formulé ses propres voeux pour son dernier départ. Elle sera incinérée demain, dans l'intimité, et ses cendres seront ramenées sur la tombe de son arrière- grand-mère, à Saint-Clément, en Meurthe-et-Moselle. Un village où elle se sentait bien, chez ses grands-parents où elle passait ses vacances. Un endroit où elle aurait aimé vivre et où elle pouvait enfin « respirer ».